Philippe Muray ?

“La comédie humaine”… est un texte de Philippe Muray (1945-2006), mis en musique par Bertrand Louis, un chanteur-compositeur dont j’ignorais totalement l’existence il y a encore deux jours ! Quel nom d’artiste idiot pour un artiste… comble de l’anonymat, je n’arrive pas à le retenir. Mais quel titre… si banal et pourtant si facile à retenir ! Ce morceau, cette chanson est extraite de son album “Sans moi”, album qui vient de sortir et est consacré à des textes de Philippe Muray. Ce texte psalmodié, chanson minimaliste, incantation slamée, l’ai entendu, avec un plaisir certain, disons certain plaisir, ces derniers jours, cela grâce à la charmante Marie Richeux, étonnante tête-chercheuse que j’écoute parfois, d’une oreille plutôt distraite –hasards plus ou moins voulus, conformes à mes théories, théorie du râteau (comme quoi, on peut forcer le hasard en ratissant large, mais régulièrement, et les mêmes plate-bandes et dans le même sens;  cette idée me fait penser chaque fois bien malgré moi, inclinaison pour le purisme esthétique,  aux traits dans le gravier des jardins zens -au fait quel étrange tumulte d’échos dans ces jardins supposés incarner pourtant le vide *, ce wú 無 de wúwéi 無為 -ou vice versa en chinois-) et aussi désormais théorie du fil de laine (magnifiquement mise en image jadis -et en chanson bien sûr- par la chanteuse Camille) (une théorie qui, s’appuyant en partie sur  mon esprit d’escalier, fort marqué, pousse, incite à découvrir, au hasard d’un mot, d’un fait, anodin, de fil en aiguille, grâce surtout désormais à la masse de données sur le Web, des univers entièrement nouveaux, d’immenses, nouvelles terres d’aventures, bon-marché).

Girl with hair ribbon - Lichtenstein - 1965
Girl with hair ribbon – Lichtenstein – 1965

Cette étrange chanson, antienne à deux voix, masculine et féminine, par de parfaits inconnus du texte d’un quasi inconnu, m’a (at)tirée l’oreille… un peu peut-être comme l’a fait une nuit jadis dans mon quasi sommeil, au hasard d’une radio restée bien involontairement allumée, ce si magnifique “Je veux” de Marie Möör. Cette “comédie” est une cascade de mots, plutôt ringarde, vaguement poétique, et mentalement séduisante, à l’ironie grinçante à plusieurs degrés (degrés d’une sorte d’alcool plutôt léger), quelque part entre Vian -“Complainte du progrès*– et Delerme -“Cosmopolitan“-… Bon sang… j’avais oublié Carla Bruni dans cette dernière chanson… ce qui sublime toute l’ironie envers ces symboliques moqueries bobo-warholiennes, sons et images, doté de ce fumet qui provoque parfois ce glaçant, saisissant, un instant, sentiment de la nouveauté surannée (mon célèbre, si rare et délicieux bien réel frisson d’une âme plongée un instant au freezer) ! Cette chanson, née de cette rencontre Muray & Louis, je l’ai achetée ce jour sur iTunes.

n.b. à propos d’icones ironiquement symboliques telles celles du pop-art de Roy Lichtenstein ci-dessus : on trouve sur le Web un intéressant site de “déconstruction” de ses oeuvres. (i.e. présentation simultanée des oeuvres de Lichtenstein et des sources originales d’inspiration tirées de “comics” et redessinées).

écouteIls se sont mis à quatre en fait à faire cette chanson, Philippe Muray (à titre posthume bien sûr), Bertrand Louis, et aussi (comme précisé : “feat” alias “featuring”) Andoni Iturrioz * et Lisa Portelli. Il est peu clair qui fait quoi dans cette chanson… Iturrioz cité en premier au générique est-il le premier et principal chanteur ? deux voix d’hommes -semble-t-il ?-, et une voix de femme, se partagent les couplets.

[medium_disque-philippe-muray.jpg]Je découvre plutôt par hasard que le recueil de poèmes “Minimum respect” (2003) de Muray, qui a inspiré Louis, avait déjà eu une séquelle musicale : 12 poèmes tirés de ce recueil de 27 poèmes, ont été lus par l’auteur sur fond musique d’un certain “Collectif Blom”-. Ce CD est une séquelle bien mystérieuse et surtout difficile à identifier et surtout acheter sur la Toile ou ailleurs, sous forme de CD. Elle est éditée par le label ultra-minimaliste “Festivus” (2006), label qui telle une feuille -semi-page Web- égarée sur l’océan, semble ignorer jusqu’au concept d’acte de vente ! Ah… miracle -même le tout venant de Google n’avait pas repéré cela : une page Myspace offre quatre de ces textes lus par Muray (je l’ai trouvé tout à fait par hasard, merci à la bonne vieille recette de recherche documentaire par image : la meilleure photo, via Google Image, renvoyée par les mots clefs correspond généralement au meilleur texte -ou son ici en l’occurrence-).

On retrouve en fait certains des poèmes de ce recueil “Minimum Respect” (2003) de Muray sur Youtube, tel ce charmant “nouvelle cuisine“, lu par Muray lui-même -le morceau trouvé sur Myspace en fait-, qui, en se payant la têtes des Américains ressemble fort, effectivement, comme déjà suggéré plus haut, à une version poétique germanopratine des “Cambell’s soup cans” de Warhol et des “comics” de Lichtenstein.

On retrouve aussi sur Dailymotion, Luchini qui raconte, déclame, à sa manière magnifique “Tombeau pour une touriste innocente“. Toutefois Luchini en fait trop, et bâcle aussi sa prestation (une répétition en fait, filmée à la va-vite). Je préfère nettement entendre ce poème lue par Muray lui-même, en musique, tel qu’on peut l’entendre sur Myspace.

table1table2

Ce recueil de poèmes “Minimum Respect” de Muray peut être acheté sur le Web -ce que j’envisage de faire (impossible de trouver les paroles de cette “Comédie humaine” sur le Web !)-. Enfin, il n’en existe aucune version digitale, e-book, chez aucun fournisseur, seulement cet antique format papier, du siècle dernier. Curieusement mais fort heureusement Amazon.fr offre l’option “feuilleter” pour ce recueil, ce qui n’est pas trop fréquent, et ce qui permet, au hasard et bon vouloir d’Amazon -toutes les pages semblent scannées !- d’en parcourir quelques pages, dont le sommaire, reproduit ci-dessus, en s’aidant si besoin d’une fonction recherche qui plus est, permettant de visualiser la page souhaitée. Malheureusement le nombre de pages visibles d’affilée est limité, et il est impossible de visualiser toutes les pages d’un poème, pour peu que ce poème fasse plus de 2-3 pages.

J’ai entendu parler pour la première fois de Philippe Muray… vers 2010, mars 2010 semble-t-il lorsque Fabrice Luchini qui avait monté un spectacle “Fabrice Luchini lit Philippe Muray” au Théâtre de l’Atelier s’est fait entendre sur les ondes. En fait -de mémoire- Alain Finkielkraut avait invité Fabrice Luchini dans son émission du samedi matin sur France Culture “Répliques” pour parler de Muray (ce vieux réactionnaire, Finkielkraut, et surtout sa judéomaniaquerie, finissent par lasser et je ne l’écoute presque plus de nos jours… à tort probablement; enfin j’amasse les podcasts… en prévision de jours lointains et pluvieux). C’est là que j’avais entendu pour la première fois ce nom de Muray. J’avais probablement brièvement diagonalisé la page Wikipédia sur Muray, sans plus. Je viens de le refaire aujourd’hui, mais n’ai toujours rien vraiment lu de Muray à ce jour. Je me rabats sur quelques articles, tel cet intéressant “Comment parler de Muray sans l’avoir lu“, ou encore celui-ci “Philippe Muray, le poète noir hyperfestif“. Sur Wikipédia une association m’attire -et attire l’oeil en tous cas- : Muray, Houellebecq, Dantec. Ils sont catalogués et amalgamés tous trois, par un cuistre méconnu et jaloux bien sûr -enfin probablement-, dans un nouvelle école littéraire “les nouveau réactionnaires” !

Surtout je réécoute cette émission radio de Finkielkraut à propos de Muray : Luchini -la France manque bien fort et tristement, depuis un ou deux siècles de garçons coiffeurs devenus acteurs de cette trempe molièresque- est une fois de plus éblouissant de réparties, de culture et d’outrances dans ses dialogues médiatisés. Il est bien tel que j’ai pu l’entendre –in vivo veritas– un matin à La Charité, sous une tente blanche au bord de l’eau, le long de cet vieux point de cette vieille Loire, au “Festival du Mot“, “monologuer” avec Erik Orsenna (quel était le thème ?); c’était en fait en juin 2007, grâce au Web en quelques cliques on peut en réécouter quelques extraits, Luchini comme Orsenna-.

MurayIncidemment je découvre aussi ce jour que cette émission radio Luchini-Finkielkraut du 24 avril 2010 a laissé des traces : l’émission est reproduite sur les grands sites video Youtube * ** (en trois partie) et Viméo (en une partie). Luchini se fout gentiment, pour notre plaisir, de la tête de Finkielkraut tout en encensant Muray qu’il érige en “philosophe” en tant que “pourfendeur de doxa” (sic). On ne se rend(ait) que vaguement compte du point-de-vue précis de Finkielkraut sur Muray avec Luchini, tant la verve de Luchini submerge, étouffe tout réel dialogue. Je suis un peu surpris de tomber sur un (faux ?) interview écrit de Finkielkraut post-émission sur causeur.fr “Q:…cet entretien vous a considérablement agacé… R: Dans cet entretien, Philippe Muray est au pire de lui-même…“. S’ensuivent de la part de Finkielkraut de longues considérations politiques, concernant les USA, les guerres…

Je découvre aussi la réaction radiophonique de Finkielkraut à la mort de Philippe Muray en 2006. Il signale qu’il a reçu deux fois Philippe Muray dans son émission, et que cela fera l’objet de rediffusions -à rechercher-. Ailleurs, un peu plus tard, je découvre qu’il existe aussi une séance “Philippe Muray” de l’émission “Une vie, une oeuvre” sur France Culture, qu’il me reste aussi écouteà écouter -note a posteriori : extrêmement intéressant, car vision journalistique bien documentée, globale, exhaustive et neutre de Muray-.

Je ne comprends par tout, bien peu, de cet amour-haine envers Muray, plus admiratif que critique toutefois, de la part de Finkielkraut, tant dans cette émission, ce commentaire radio, cet interview écrit, évoqués ci-dessus. Dans tous les cas Finkielkraut et Luchini s’accordent tous deux à qualifier Muray d’iconoclaste et à lui attribuer une grande verve comique, digne de tout leur intérêt. Là dessus je ne peux qu’être d’accord, bien sûr. C’est en tout cas ce qui ressort, pour mon plaisir, de ces quelques rares poèmes en musique entendus, qu’ils soient chantés ou lus.

Voici un autre poème, ce célèbre et merveilleux “Tombeau pour une touriste innocente“, dont on peut découvrir sur Myspace de très très partiels extraits lus par Muray lui-même (pour cette lecture-là on se passerait bien de la musique de fond,  un peu trop forte). Des commentaires sont ajoutés après le texte du poème, qu’il faut bien sûr lire avant tout !

Tombeau pour une touriste innocente

Rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde
Qu’interviewent des télés nippones ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d’un pirate aux façons très courtoises

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n’avait du monde qu’une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

Point de lieu à la ronde qui ne fût excursion
Rien ici ou là-bas qui ne fût évasion
Pour elle les pays étaient terres de passion
Et de révélation et de consolation

Pour elle les pays étaient terres de loisirs
Pour elle les pays n’étaient que communion
On en avait banni les dernières séditions
Pour elle toutes les terres étaient terres de plaisir

Pour elle les nations étaient lieux d’élection
Pour elle les nations n’étaient que distraction
Pour elle les nations étaient bénédiction
D’un bout du monde à l’autre sans distinction

Toute petite elle disait avoir été violée
Par son oncle et son père et par un autre encore
Mais elle dut attendre ses trente et un balais
Pour revoir brusquement ce souvenir éclore

Elle avait terminé son second CDD
Mais elle envisageait d’autres solutions
Elle voulait travailler dans l’animation
Et ainsi égayer ainsi nos fêtes de fin d’année

Elle cherchait à présent et pour un prix modique
A faire partout régner la convivialité
Comme disent les conseils en publicité
Elle se qualifiait d’intervenante civique

Elle avait pris contact avec plusieurs agences
Et des professionnels de la chaude ambiance
Elle était depuis peu amie d’un vrai artiste
Musicien citoyen jongleur équilibriste

Grand organisateur de joyeuses sarabandes
Le mercredi midi et aussi le samedi
Pour la satisfaction des boutiques Godassland
Créateur d’escarpins cubistes et nabis

Elle aussi s’entraînait à des tours rigolos
En lançant dans les airs ses propres godillots
Baskets bi-matières à semelles crantées
Les messages passent mieux quand on s’est bien marré

Au ministère social des Instances drolatiques
Elle avait exercé à titre de stagiaire
L’emploi de boîte vocale précaire et temporaire
Elle en avait gardé un souvenir érotique

Elle avait également durant quelques semaines
Remplacé une hôtesse de chez Valeurs humaines
Filiale fondamentale de Commerce équitable
Où l’on vend seulement des objets responsables

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l’art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

Tee-shirts Andrée Putman et gabardines de Storck
Et pendentifs Garouste et pochettes d’Aristorque
Soquettes respectueuses amulettes charitables
Objets de toutes sortes et toujours admirables

Étoles alternatives et broches-tolérance
Et bracelets-vertu et tissus-complaisance
Et blousons-gentillesse et culottes-bienveillance
Consommation-plaisir et supplément de sens

Café labellisé bio’humanisé
Petits poulets de grain ayant accès au pré
Robes du Bangladesh jus d’orange allégé
Connotation manouche complètement décalée

Sans vouloir devenir une vraie théoricienne
Elle savait maintenant qu’on peut acheter plus juste
Et que l’on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

Et qu’il faut exiger sans cesse et sans ambages
La transparence totale dedans l’étiquetage
Comme dans le tourisme une pointilleuse éthique
Transformant celui-ci en poème idyllique

À ce prix seulement loin des sentiers battus
Du vieux consumérisme passif et vermoulu
Sort-on de l’archaïque rôle de consommateur
Pour s’affirmer enfin vraiment consom’acteur

Elle faisait un peu de gnose le soir venu
Lorsqu’après le travail elle se mettait toute nue
Et qu’ayant commandé des sushis sur le Net
Elle les grignotait assise sur la moquette

Ou bien elle regardait un film sur Canal-Plus
Ou bien elle repensait á ses anciens amants
Ou bien elle s’asseyait droit devant son écran
Et envoyait des mails à des tas d’inconnus

Elle disait je t’embr@sse elle disait je t’enl@ce
Elle faisait grand usage de la touche arobase
Elle s’exprimait alors avec beaucoup d’audace
Elle se trouvait alors aux frontières de l’extase

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provocants, simplement émouvants

Elle aimait que les livres soient de la dynamite
Qu’ils ruinent en se jouant jusqu’au dernier des mythes
Ou bien les reconstruisent avec un certain faste
Elle aimait les auteurs vraiment iconoclastes

Elle voulait trois bébés ou même peut-être quatre
Mais elle cherchait encore l’idéal géniteur
Elle n’avait jusqu’ici connu que des farceurs
Des misogynes extrêmes ou bien d’odieux bellâtres

Des machistes ordinaires ou extraordinaires
Des sexistes populistes très salement vulgaires
Des cyniques égoïstes des libertins folâtres
Ou bien des arnaqueurs elle la trouvait saumâtre

Elle se voyait déjà mère d’élèves impliquée
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

Qui se cachent derrière leur prétendu savoir
Faute d’appréhender un monde en mutation
Qui sans doute a pour eux l’allure d’un repoussoir
Quand il offre à nos yeux tant de délectations

Comme toutes les radasses et toutes les pétasses
Comme toutes les grognasses et toutes les bécasses
Elle adorait bien sûr Marguerite Duras
De cette vieille carcasse elle n’était jamais lasse

Elle s’appelait Praline mais détestait son nom
Elle voulait qu’on l’appelle Eglantine ou Sabine
Ou bien encore Ondine ou même Victorine
Ou plutôt Proserpine elle trouvait ça mignon

Elle faisait un peu de voile et d’escalade
Elle y mettait l’ardeur qu’on mettait aux croisades
Elle se précipitait sous n’importe quelle cascade
Elle recherchait partout des buts de promenade

Chaque fois qu’elle sortait avec une copine
Elle se maquillait avec beaucoup de soin
Soutien-gorge pigeonnant et perruque platine
Encore un coup de blush pour rehausser son teint

Orange fruité Fard Pastèque de chez Guerlain
Bottines en élasthane blouson cintré zippé
Sac pochette matelassé et bracelet clouté
Ou alors pour l’hiver une une veste en poulain

Ou un top manches fendues en jersey de viscose
Jupe taille élastiquée en voile de Lurex
Tunique vietnamienne décorée de passeroses
Sans rien dessous bien sûr pas même un cache-sexe

Elle disait qu’il fallait réinventer la vie
Que c’était le devoir d’un siècle commençant
Après toutes les horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s’était déjà bien investie

De temps en temps chez elle rue des Patibulaires
Elle mobilisait certains colocataires
Afin d’organiser des séances de colère
Contre l’immobilisme et les réactionnaires

Elle exigeait aussi une piste pour rollers
Deux ou trois restaurants á thème fédérateur
L’installation du câble et d’un Mur de l ‘Amour
Ou l’on pourrait écrie je t’aime sans détour

Elle réclamait enfin des gestes exemplaires
D’abord l’expulsion d’un vieux retardataire
Puis la dénonciation du voisin buraliste
Dont les deux filles étaient contractuelles lepénistes

Le Jour de la Fierté du patrimoine français
Quand on ouvre les portes des antiques palais
Elle se chargeait d’abord de bien vérifier
QU’il ne manquait nulle part d’accès handicapés

Qu’il ne manquait nulle part d’entrées Spécial Grossesse
Qu’il ne manquait nulle part d’entrées Spécial Tendresse
Qu’on avait bien prévu des zones anti-détresse
Qu’il y avait partout des hôtesses-gentillesse

Faute de se faire percer plus souvent la forêt
Elle avait fait piercer les bouts de ses deux seins
Par un très beau pierceur sans nul doute canadien
Qui des règles d’hygiène avait un grand respect

Avec lui aucun risque d’avoir l’hépatite B
Elle ne voulait pas laisser son corps en friche
Comme font trop souvent tant de gens qui s’en fichent
Elle pensait que nos corps doivent être désherbés

Elle croyait à l’avenir des implants en titane
Des hormones synthétiques pour de nouveau organes
Elle approuvait tous ceux qui aujourd’hui claironnent
Des lendemains qui greffent et qui liposuccionnent

Elle avait découvert le théâtre de rue
Depuis ce moment-là elle ne fumait plus
Elle pouvait à nouveau courir sans s’essouffler
Elle n’avait plus honte maintenant de s’exhiber

Elle attendait tout de même son cancer du poumon
Dans dix ou quinze années sans se faire trop de mouron
Elle préparait déjà le procès tatillon
Qu’elle intent’rait alors aux fabricants d’poison *

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s’était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

Elle avait parcouru l’Inde, le Japon, la Chine
La Grèce, l’Argentine et puis la Palestine
Mais elle refusait de se rendre en Iran
Du moins tant que les femmes y seraient mises au ban

L’agence Operator de l’avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants
Elle en avait relevé près d’une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants

On lui avait parlé d’un weekend découverte
Sur l’emplacement même de l’antique Atlantide
On avait évoqué une semaine á Bizerte
Un pique-nique à Beyrouth ou encore en Floride

On l’avait alléchée avec bien des projets
Une saison en enfer, un été meurtrier
Un voyage en Hollande ou au bout de la nuit
Un séjour de trois heures en pleine Amazonie

Cinq semaines en ballon ou sur un bateau ivre
A jouir de voir partout tant de lumières exquises
Ou encore quinze jours seule sur la banquise
Avec les ours blancs pour apprendre à survivre

Une randonnée pédestre dans l’ancienne Arcadie
Un réveillon surprise en pleine France moisie
Une soirée rap dans le Balouchistan profond
Le Mexique en traîneau, un weekend à Mâcon

Elle est morte un matin sur l’île de Tralala
Des mains d’un islamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C’était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Ils étaient tous les deux des altermondialistes
Leurs différences mêmes n’étaient que virtuelles

“Tombeau pour une touriste innocente” de Ph. Muray – Exégèse bavarde et introspective

Cet étonnant poème “Tombeau pour une touriste innocente” est certainement le plus connu de Muray comme j’ai pu le constater sur le Web. Dans ce poème, sans vouloir rappeler, voire dévoiler (pour ceux qui ne l’auraient pas lu), ici d’emblée les détails et ressorts romanesques fort drôles (en particulier la chute) de cet épique et grinçant poème que j’offre ici en intégralité, Muray décrit avec une ironie mordante et cruelle à une certaine jeune femme “blonde”, une caricature outrancière, bien plus symbolique que réelle fort probablement vu l’outrance humoristique de la description. Cette pauvre fille cumule tous les clichés, suit toutes les modes, celles d’une classe moyenne, peu éduquée mais qui se piquerait de modernité et de bonne volonté trop naïves -cela vu par l’intellectuel sarcastique que se pique à l’évidence d’être Muray-. Muray fait ainsi, à travers cette “blonde” symbolique, la description d’une tranche de population féminine qu’il semblerait bien connaître (?) et dont il se moque avec une verve comique et une imagination outrancière -certains diraient qu’il se défoule et à peut-être quelques comptes à régler avec des proches ou des souvenirs-.

Elle est jeune, branchée, moderne, libérée, engagée, éthico-maniaque, altruiste, écologiste, voyageuse, hyper-mondialiste, naïve et plutôt idiote…

Muray joue là autour du stéréotype contemporain de la “blonde“-mot signifiant écervelée-, mais une blonde qui se pique de modernité, une blonde post-soixanthuitarde, new-new-age… Muray la choisit peu éduquée visiblement, cherchant à en faire le symbole représentatif d’une tranche sociale assez large, quoique semble-t-il néanmoins quelque peu à l’aise financièrement -ses loisirs sont copieux voire coûteux-: en 2003, en effet, date d’édition du poème -peut-être écrit avant donc-, la grande crise économique mondiale née en 2007-2008 et le chômage n’étaient pas encore vraiment là ! Cette jeune femme, telle qu’elle est dépeinte par Muray, avait donc probablement autour de la trentaine en l’an 2000. Elle serait donc née vers 1970 : une gen-X donc, mais néanmoins un peu atypique. Bien sûr, comme toutes les gen-X, elle est contre-culture, nomade, aventureuse, voyageuse -c’est une génération née avec la pilule et la démocratisation des vols aériens bon marché-, déjà vaguement “ouverte au monde” plus que “mondialisée”, car la vie à l’étranger, les langues étrangères, sont encore des choses rares, pour ces Frenchies de jadis, non-bac+5; elle croit à la toute neuve fin de l’histoire, avec la Chute du Mur et la fin de la Guerre Froide -et donc la prétendue fin des guerres; génération Thatcher-Reagan oblige (i.e. 15-25 ans dans les années 1980), elle est devenue de facto croyante du culte fort bien marketé d’une mondialisation capitaliste et prospère pour tous; elle est formée, voire employée, dans un monde déjà vaguement technologisé avec des produits désormais “personnels” -PCs, PDAs, CDs, walkmans-, mais pas encore connectés; elle n’a découvert les connexions, les réseaux, fixes et même mobiles -la nouveauté !-, GSM et Web, que sur le “tard”, à près de 30 ans, vers l’an 2000, mais s’est vite mise à ce Web v.1 sans Facebook, tout neuf (simple réplique du Minitel pour les Français), cela de manière encore plus naïvement altruiste et sans crainte que les générations suivantes -c’est tout dire-.

Muray pourtant, et cela est curieux, retire à cette “blonde” gen-X, le cynisme, voire le nihilisme, des labels que l’on accole pourtant souvent déjà à cette gen-X, née avec la fin des Trente Glorieuses, fin marquée par les insidieuses crises du pétrole à répétition des années 1970. Muray joue -c’est sa licence comico-poétique- sur la neutralisation de deux labels antagonistes : bêtise-blonde vs. cynisme. Cependant , Muray peut sembler ici un peu décalé. Son héroïne blonde, avec son altruisme, son manque de cynisme, sa naïveté, ressemble plus à une fille qui avait 20 ans lors de la révolution de mai 1968. Elle ressemble à ceux et celles qui partirent pacifistes à travers le monde, en rêvant de le sauver, au cours des années 1970, Dylan et Baez dans les oreilles : par exemple Katmandou et l’Asie du sud-est pour la jeune écrivaine Muriel Cerf (1950-2012) qui écrit alors l’Antivoyage (1974), ou encore, autre exemple français, l’Afrique avec cet étonnant périple vaguement humanitaire pour les joyeux lurons du groupe Zanzibar avec le jazzman Barney Wilen (1937-1996), etc. Il y a là semble-t-il chez Muray un étrange décalage de 20 ans. Or cet âge là, celui des filles qui “avaient 20 ans en mai 1968”, c’est à peu de chose près… précisément l’âge de Muray (1945-2006). Cette “blonde” voyageuse -“une touriste” comme la désigne Muray, ce qualificatif ayant peut-être aussi des connotations péjoratives, ce ne serait pas impossible de la part de Muray !- c’est donc probablement un peu aussi les filles qu’à connu Muray en mai 1968 et qui aspiraient au voyage… mâtiné un peu en même temps d’une fille de ces “filles de 1968”, de la génération suivante, née “moderne et libérée” -une enfant (fictive ou non) de Muray (qui sait ?)- ! On pourrait citer quelques noms médiatiques aussi au croisement de cette gen-X et de la société bobo-branchée parisienne, voire germanopratine, à laquelle semble s’attaquer Muray… mais ce serait peu charitable (enfin, citons-en au moins une au hasard, qui me vient juste à l’esprit, qui est dans l’édition et qu’a dû probablement croiser Murray, Justine Levy).

FRUSTRES-3 - coverEn fait une analogie est frappante entre l’héroïne blonde de Muray et les femmes caricaturales de la dessinatrice et auteur de BD Claire Bretécher. Née en 1950, Bretécher, cette talentueuse belle et fine blonde branchée était, est encore, une icone de ma jeunesse, des années 1970, une version masculine de son copain Gotlib, auteur de BD hyper-culte de ces mêmes années. On repère encore aujourd’hui Bretécher a sa coupe de cheveux à la garçonne, un retour de mode symbolique en 1968 des “Années Folles” semble-t-il. En effet, même si cela peut sembler accessoire, on retrouve cette coupe de cheveux “libératrice” sur la célèbre photo qui fit le tour du monde incarnant mai 1968, avec Caroline de Bendern, richissime mannequin anglaise -compagne alors du jazzman Barney Wilen- juchée sur les épaules d’un étudiant et brandissant le drapeau nord-vietnamien , ou encore dans un autre registre Mia Farrow dans le film Rosmary’s Baby daté de 1968. Bretécher est (était) très précisément une de ces “filles parisienne de mai 1968”, ayant dépeint en bandes dessinées avec sa série “Les Frustrés* dès les années 1970 ses “soeurs” libérées, typiquement parisiennes, voire germanopratines, mais désormais version “bobo“, puis plus tard leurs filles avec sa série “Agrippine“. Le ton et le contenu des planches caricaturales de Brétecher sont un parfait équivalent imagé et humoristique du style littéraire comique et acide, voir cruel, des poèmes de Muray. Ces “Frustrées” sont la version plus âgée et plus évoluée mais un peu déglinguée des fausses “blondes” de Kiraz qui illustraient Jour de France à la même époque, qui faisaient rêver et sourire, elles-mêmes dignes héritières de la “Marie-Chantal* très snob de Jacques Chazot des années 1960.

Cabu - couverture n° exceptionnel Pilote "Mai 1968" - mai 2008
Cabu : dessin en couverture d’un n° exceptionnel édité en Mai 2008 “hommage Mai 1968” du défunt hebdo BD Pilote (source secondaire / vue agrandie) ( article détaillé)

En repensant à ça -pathologique esprit d’escalier-, je réalise que je suis en fait passé à côté de tout ça -de mai 1968 et ce qu’il incarnait-, à une ou une-demi génération (ou quelques années) près car -outre le facteur aggravant d’une jeunesse bourgeoise coincée, bovaryenne, en province- j’étais trop jeune pour avoir eu 15-25 ans en mai 1968, mais aussi, surtout, bien sûr bien trop vieux aussi pour être un enfant des jeunes gens de cette génération de mai 1968, donc pour être élevé comme un enfant “néo-révolté” et “libéré” de facto et a priori (que de latin… sept ans de latin dans une école religieuse ? non, c’est plutôt ce vieux fond culturo-linguistique francophone hélas rare désormais d’un “late baby boomer” classe aisée à la puberté sans télé -voilà que je me met à rimailler comme Muray !-). Ces soixante-huitards furent des ainés, des grands frères ou soeurs -que je n’avais pas-, tardifs et plutôt étranges, tels par exemple ces anciens “Mao(s)” germanopratins, croisés tout à fait par hasard vers 1978 à Paris, puis ensuite surtout en 1980-1981 à Wuhan.

Ce décalage entre générations proches me rappelle ce souvenir, cette réaction de fort embarras d’un ex-mao français, intellectuel désormais notable fonctionnarisé, lors d’un dîner officiel et huppé à Pékin au frais de l’état français -en 2005, lors du salon du livre de Pékin, où la France était à l’honneur-, lorsque j’évoquais un peu moqueur, voire hilare -les bons vins aidant-, près de 30 ans plus tard, ma rencontre avec l’un de ses anciens camarade de lutteRobert Linhart, cet ex “établi* soixante-huitard, normalien protéiforme, auteur et professeur d’université (au pays des ex-maos germanopratins soixantehuitards, une sorte de petit-frère ennemi –UJC vs. UCF– du toujours étonnamment médiatique normalien Badiou, rare antiquité néo-stalinienne). Jeune stagiaire en usine dans les années 1970, j’avais stupéfait découvert par hasard Linhart sur le terrain, caricatural, jouant une farce militante, burlesque et impromptue -intrigué je l’avais mieux découvert ensuite, dans ce rôle bien factice (surtout vu l’art et la manière) d’intello chez les prolos, avec mon fond de fascination typiquement française pour ceux de la rue d’Ulm pour quiconque a passé un jour un quelconque concours de Grande Ecole, en lisant ses livres “L’établi” et “Le sucre et la faim”- : il était passé en effet pendant mon année scolaire 1978-1979 (né en 1944, un an avant Muray, il avait alors 34-35 ans -et moi 21-22 ans-) un bref instant dans la cantine d’une usine automobile, Chausson, où je croupissais,  quelques semaines, stagiaire ouvrier et déprimé sur une chaîne à faire des points de soudure. Cette usine, sous-traitante de grandes marques, était il est vrai assez malfamée : elle avait oublié depuis Zola la notion de modernité, et n’avait rien à voir avec les luxueux ateliers Citröen où avait oeuvré incognito jadis le normalien Linhart, déguisé en ouvrier. Linhart, en cuirs, bijoux en or, poule plutôt vulgaire au bras -c’est l’impression qui m’était et m’est resté de cette surréaliste vision en tous cas, j’ai vaguement en mémoire quelque chose qui ressemblerait un peu par exemple, mais en plus vulgairement agressif et militant, au personnage du chanteur Lavilliers même encore aujourd’hui-, nous avait harangué, debout sur une table et poing levé -réelle caricature en fait aussi rétrospectivement des contemporains et très vulgaires “bobo-beaufs” de Cabu, dans le Canard Enchaîné *-. Il cherchait à vendre un livre militant, en incitant ses ex-camarades ouvriers à la révolte. Il y avait été peu compris et largement ignoré, voire mal accueilli, par ces ouvriers plutôt harassés -dont je faisais partie-, devenus dans ce gourbi en quelques années -très temporairement, avant les cyniques et massives délocalisations françaises-, tous presque sans exception maghrébins, importés et illettrés (accessoirement j’ai aussi une autre étonnante anecdote concernant ce stage, narrée dans mon journal ces dernières années, dans une note de lecture sur le livre “Aden Arabie” de Paul Nizan).

extrait de la planche hebdomadaire de Cabu – Canard enchaîné – 2013-10-16

Accessoirement, à creuser autour de ces histoires de générations, je découvre avec horreur que je suis effectivement quelqu’un ‘aux limites”, que je suis, à trois ans près, un des tous derniers représentants de la génération des “babyboomers” (1943-1960), tel un des derniers Néandertals à la la veille de la disparition de son espèce. Trois ans plus tard j’aurais été un des tous premiers “gen-X” (1960-1981). Enfin l’horreur vient surtout de cette vérité confirmée dans Wikipédia, à la page consacrée aux “baby boomers” (citation) Selon la théorie de William Strauss et Neil Howe, la génération des boomers occidentaux serait composée en grande partie d’idéalistes et d’égocentriques. Cette génération serait en conflit avec la génération X et aurait parfois des difficultés à comprendre le conservatisme, l’homogénéité et les capacités de travail en équipe qu’arborent leurs enfants de la génération Y. [1982-2004](fin de citation).

Philippe Muray (1945-2006), à l’autre extrémité, au tout début de la génération des “baby boomers”, est lui aussi “aux limites” de cette génération “à l’américaine”, ces cohortes nées dans la vénération de l’Amérique, avec l’arrivée de 2-3 millions de soldats des armées américaines en guerre à l’est de l’Atlantique, venus en bon cow-boys pour tester leurs forces et chasser le fasciste local, tout autant attirés par le sang, la revanche -après Pearl Harbor- et les jeux d’alliances, que poussés par l’altruisme…

Incidente : Notons en passant que à propos de fascisme ou de comportements similaires… les USA donneurs de leçons en portent pourtant,  même si très discrets, quelques stigmates historiques honteux, surtout lorsqu’il s’agit des “autres”… Sans parler de l’esclavage, du génocide indien, du maccarthysme -incluant, comble de l’imbécillité de cet absurde et sinistre crétinisme fasciste, le bannissement des USA de l’auteur du “Great Dictator” Charlie Chaplin lui-même en 1950 (un fait que les Américains, ignorant cette honte nationale, préfèrent encore totalement  refouler )-, des assassinats d’ Allende et de bien d’autres, ou encore des agissements actuels de la NSA, au nom de la liberté, si l’on se contente de n’évoquer que la Seconde Guerre Mondiale, on notera par exemple que ce malin (“evil” en anglais !) de Franco en Espagne ne sera jamais inquiété, ni bien sûr par Hitler -il avait acquis ses galons en étripant les les communistes et autres gauchistes espagnols en 1936-1939-, ni surtout par les “libérateurs” américains en 1945, cela jusqu’à sa mort à la tête de l’Espagne en 1975; personne non plus ne sera jamais inquiété concernant le sort de ces millions de réfugiés de l’est (dont la plupart des soldats russes faits prisonniers par les nazis) qui furent renvoyés après 1945 chez Staline par Roosevelt et Churchill (une partie secrète des accords de Yalta) et furent ainsi condamnés à un assassinat systématique en URSS, immédiat par balles ou à petits feux au goulag en Sibérie -car tous considérés par Staline comme traîtres à la patrie ou corrompus par le contact avec l’ouest-; tout comme ne sera jamais inquiétée toute cette élite japonaise fasciste militaire d’une incroyable arrogance -marquée par une absence totale de remords encore aujourd’hui !-, à commencer par l’Empereur et tout son entourage, qui n’eut jamais droit à son “Nuremberg” local -une incroyable honte de plus pour l’humanité-…; bref, passons…; ou encore, avant et pendant la guerre, rappelons ce fascisme patent de l’élite richissime américaine symbolisé par Henry Ford, ou par le père Kennedy (à l’instar en GB de l’infâme Edward VIII*), les USA -et plus précisément “big business America”, qui dirige le monde, sous l’égide désormais de son tout puissant leader Goldman Sachs au coeur de Wall Street- ont une relation bien ancienne et bien incestueuse avec les fondements du fascisme; bref, passons… -comme si l’on pouvait passer éternellement là-dessus, sur ce qui fonde si sombrement notre humanité du 21e sc. !-…

un pro-nazi et  traître manipulé par une amante espionne, cela est désormais avéré, mais bien tardivement (celle-ci fit pendant longtemps la une des magazines people en tant que maîtresse d’ex-roi)- : après avoir visité les défenses françaises en tant que monarque allié en 1939… il conseilla secrètement par écrit à Hitler d’attaquer la France… par les Ardennes !

(citation, à propos des “baby boomers”) … cohorts born from 1943 to 1960, who were too young to have any personal memory of World War II, but old enough to remember the postwar American High. (fin de citation). Et bien sûr, en vieux “baby boomer”, Muray s’en prend aux gen-X (1960-1981), auxquels, à l’autre limite de l’échelle de temps j’appartiens peut-être un peu -vaguement idéaliste et surtout sans aucun cynisme alors (typiquement baby boomer, un début de succès social aidant)-, tel ce dernier Néandertal Ao, dans “Ao, le dernier Néandertal” (2010), abandonné et seul, finissant ses jours dans les bras d’une sapiens longtemps hostile (citation) … cette génération [gen-X] est « nomade », ce qui explique leur goût de l’aventure, le cynisme et la contre-culture qui s’oppose aux boomers. (fin de citation). Enfin n’oublions pas que les révoltés, ces “filles et gars qui avaient vingt ans en mai 1968” ( à ce soi-disant “plus bel âge de la vie” pour paraphraser, moqueur, Nizan), ces “rêveurs” déglingués, représentaient avant tout le coeur statistique de la cohorte des “baby boomers”, ceux nés autour de 1950 -ceux racontés par exemple dans le film de Bertolucci “The dreamers” (2010, avec Eva Green) (“Paris’ 68” en GB, “Innocents” en France), ou de manière moins digeste, plus politisée, dans “La chinoise” (1967) de Godard-.

En fait, en réécoutant le poème “Nouvelle cuisine“, je réalise que Muray s’en prend avant tout, d’une manière générale, à la culture américaine impérialiste et sa société de consommation -enfin, leurs simplistes caricatures-, bien plus qu’au petit monde français, voire juste celui de Saint-Germain-des-Près. Ces poèmes publiés en 2003 sont probablement une sorte de cri du coeur à l’ironie grinçante alors que le monde en 2003 commençait à peine à découvrir stupéfait les méfaits mondiaux et la duplicité de l’ère ultra-libérale Reagan (1981-1989), qui engendra l’ère Greenspan (1987-2006), ère du triomphe de la toute puissante finance mondiale et apatride incarnée par Wall Street et qui orchestrera l’avènement définitif de la “mondialisation”, dans les années 1980-1990, avec la chute de l’empire communiste -au sens idéologie anti-capitaliste-libérale-, soviétique comme maoïste (un bien vieux plan des grands pouvoirs financiers,  privés et de l’ombre, vieux en fait d’au moins un siècle). Greenspan est et restera le symbole de toute une époque -à l’égal de Hitler peut être en terme de pouvoir destructeur mis en oeuvre au nom d’une idéologie -. Il fut en effet l’étonnant mais très discret grand prêtre et instigateur de l’ombre de l’insidieuse “3ème guerre économique mondiale” alias “corporations vs. nations“, où l’on assista, et assiste encore aujourd’hui, au triomphe inconditionnel et planétaire de cette apatride  “big finance“, au nom du libéralisme et de la mondialisation.  Ce discret “banquier de l’ombre’, le plus puissant du monde, fut installé à la tête de la FED, pour près de 20 ans, par Reagan. Or Greenspan -fait soigneusement ‘oublié’, mais hautement symbolique et très peu fortuit- était un séide inconditionnel et zélote depuis l’age de 25 ans de Ayn Rand, la cultissime passionaria du libertarianisme aux USA. Fin tragique et quasi-comique pour Greenspan, le 23 octobre 2008, à 82 ans, face aux dégâts mondiaux de la crise financière récente fabriquée par Wall Street, il fut poussé à cette effarante confession publique, avouant bien légèrement, hypocritement et poliment, que sa croyance aveugle pendant plus de 40 ans dans la toute puissance autorégulatrice du dieu des “marchés” -entendre marchés absolument libres-, de cette “main invisible” miraculeuse et toujours vénérée soit-disant préconisée par Adam Smith (un penseur du 18e sc.),  était en fait une idéologie “fausse” !

Cette ère Greenspan fut la sombre héritière de longue ère d’idéologie dominante mondial ultra-libéral sublimée par l’apothéose tragique, et encore une fois quasi-comique (elle ferait rire si tant de gens n’avaient eu et avaient encore à en pleurer), de la bien longue décennie Dobeliou (2001-2009) (Dobeliou Bush l’ultra-libéral, héritier idiot et belliqueux de Reagan, avait bien sûr renommé Greenspan pour un surprenant cinquième mandat) : à l’issue des “Trente glorieuses” (1945-1973), ces “Trente-Quarante Menteuses” (1973-2003/2013), une appellation de mon invention, bien meilleure que les “Trente piteuses“, titre du livre publié en 1998 du normalien-énarque ultra-libéral décliniste Baverez (sans oser moi-même l’appellation  “30-40-50 merdeuses” de ce vieux dessinateur satirique un peu vulgaire Cabu dans le “Canard enchainé” du 16 oct. 2013 -le même, cf. ci-dessus, qui illustrait en 2008 dans Pilote la mémoire de mai 1968 avec son Grand Duduche de jadis, personnage idiot et naïf qui m’attirait peu-), ressemblent bien à un complot d’envergure planétaire, mâtiné d’idéologie anti-communiste et libertarienne (clef de succès) des “dons” de Wall Street pour décupler leurs profits, complot à ce jour plutôt réussi. Cette troisième grande guerre mondiale, une guerre économique, insidieuse et discrète celle-là, lancée dans les années 1980 et qui émerge désormais peu à peu à découvert, pour ce qu’elle est, au 21e sc., est toujours en cours, mais déjà bien entamée et déjà quasi gagnée par des forces de l’ombre, du mal, inconnues, apatrides et financières… D’ultimes batailles restent à jouer, ici ou là, “corporations vs. nations“, ou encore de grandes “batailles des monnaies” qui vont probablement s’intensifier “USD vs. EUR” ou “USD vs. RMB“… mais ce sont des batailles d’arrière garde : le front est déjà largement enfoncé et les perdants -les contres-pouvoirs de tous poils  bien plus que la supposée “démocratie”, supplantée par la “télécratie” mondialisée et uniformisée- sont déjà désignés, et trop souvent résignés (?), pour… probablement au moins un siècle, le 21e siècle.

Ce poème “Nouvelle cuisine“, sorte de litanie moqueuse, comme déjà évoqué plus haut fait bien sûr penser, dans le registre artistique, aux “Campbell’s soup cans* du pop’art. Ces derniers tableaux -eux même une petite “industrie” fort profitable- sont bien la digne réponse de Warhol à 40 ans de distance aux fort symboliques “toilettes”, ou “fontaine” en anglais, ce “ready-made” fort controversé de Duchamp exposé à New York en 1917. Ces artistes se moquent tous d’une modernité artistique et industrialisée que Horkheimer et Adorno avait associé, dès les années 1930-1940, à une décrépitude sociale liée à une “Massenkultur“, produit d’une “Kulturindustrie“, une industrie de la culture, liée elle-même aux totalitarismes advenus dans les années 1920… et surtout liée aux USA (nos deux sympathisants communistes pensaient d’abord à l’impérialisme de Hollywood, avant de découvrir, attristés à jamais, l’horreur nazie puis soviétique) -des thèmes que j’ai déjà examiné longuement ailleurs, dans mon journal-. Je me rappelle aussi, comme précisé dans la page que lui consacre Wikipédia, que Muray à enseigné aux USA, à Stanford, en Californie dans les années 1980. Muray, sa bio radiophonique le dit, en fait hait les USA.

Je suis ainsi soudain frappé par l’idée que cette “blonde” qu’il décrit dans ce poème “Tombeau pour une touriste”, c’est… la “fille américaine”, bien plus que la “fille française”. Par “fille” j’entends “jeune femme” bien sûr, sans trop de précisions quant à l’âge. Muray la dépeint en effet, cette “fille américaine”, avec son mélange de volontarisme tous azimuts et d’empathie universelle, naïve et superficielle, son aversion naïve au cynisme et bien sûr au nihilisme, sa foi indécrottable du charbonnier, envers et contre tout, en les vertus universelles de l’éternel “rêve à l’américaine“, éternellement rédempteur -foi incarnée peut-être dans sa version la plus sophistiquée et récente par la blonde Claire Danes dans la série Homeland-. Le nihilisme, c’est bon pour les monstres de l’Axe du Mal ou les êtres sans foi ni science, ni dollars surtout, des pays pauvres. C’est bien la “fille américaine” telle que je la connais -où l’ai rencontrée à de multiples exemplaires très concrètement, aux USA ou ailleurs au tout début des années 1980. J’ai en particulier en tête ces jeunes “Peace corps” ou jeunes “Yalies” dans des HLM des banlieues de Wuchang, ou encore ma colocataire au 5 Fifth av. à New York, Peggy, belle “Rastignac” caricaturale, blonde débraillée qui inculte débarquait de Denver pour être mannequin… et finirait plus tard en tweed, dans l’édition, mariée à un écrivain, telle une héroïne de Woody Allen ou pseudo symbole du “yes we can” ou triomphe de la soi-disant sacro-sainte mobilité sociale américaine (son père, ami d’amie, et propriétaire de ce bel appartement, magnifiquement situé, était un avocat connu, lié à une richissime famille de banquiers). Encore aujourd’hui- et surtout l’entrevois, imaginée et symbolisée, dans ma tête, bien plus que la “fille parisienne”, moins idéaliste et plus cynique (moi qui déteste les poncifs éculés et les catégorisations racistes, me voilà… self-servi et proprement déguisé) ! Cette “fille américaine” c’est un peu en fait, très symboliquement aussi, la “blonde” stylisée des “comics” de Roy Lichtenstein -autre icône productrice d’icônes du pop art-.

Cet “American dream” fut très longtemps, est encore, en effet un facteur social -voire planétaire- puissant d’effacement du cynisme, du nihilisme, un ferment et symbole d’espoir naïf et altruiste pour les masses, les masses américaines avant tout.. Ce rêve naïf, ou mensonge grossier, planétaire imposé, altruiste et anti-cynique, s’est bien sûr symboliquement définitivement effondré le 11 septembre 2001 avec l’effondrement des tours du World Trade Centre à New York. Depuis 2008, avec les “subprimes” il a surtout tourné définitivement au cauchemar pour la planète, et pire depuis, de révélations en révélations, le cynisme caché des étatsuniens éclate enfin à la face d’un monde occidental désormais sans aucune illusions. Pourtant, ce rêve planétaire à la vie dure. Il fut habilement re-glorifié un instant par Obama en 2008. L’humanité rêve toujours de rêver.

Cet “American dream” des Trente Glorieuses -du Plan Marshall à l’électroménager de nos mères- avait été relancé par Reagan et Wall Street sans vergogne dans ces années 1980 pour enfin éradiquer à jamais -croyaient-ils !-, à leur profit, le communisme. Ce rêve-culte est toujours vaguement vivant avec le “Yes we can” d’Obama de 2008 et cette idée est peut-être vouée à perdurer encore des siècles encore autour des Grandes Plaines. Ce rêve, Ronald Reagan en avait fait son credo, devenu universel et médiatisé dans ses discours depuis son intronisation en 1981 : (citation, exemplaire) At the root of everything that we’re trying to accomplish is the belief that America has a mission. We are a nation of freedom, living under God, believing all citizens must have the opportunity to grow, create wealth, and build a better life for those who follow. If we live up to those moral values, we can keep the American dream alive for our children and our grandchildren, and America will remain mankind’s best hope. (fin de citation).

Cet “American dream” avait même bercé en France ma jeunesse étudiante des années 1970. Bien plus que Dylan, Woodstock, et les hippies des années 1960 qu’avait connu Muray -j’étais bien trop jeune et conditionné pour cela-, ce rêve avait représenté surtout pour moi (à part écouter en boucle l’album “Rainbow Race” de Pete Seeger… mais sans rien y comprendre) le bruit de ces “dollar coins” qui tintaient aux quatre coins de la planète depuis déjà bien un siècle. Cette face friqué des USA, était symbolisée -je découvrirai des décennies plus tard qu’elle avait une sainte-patronne, vénérée aux USA mais totalement  inconnue en France, Ayn Rand-, autour de 1980, pour l’élite des jeunes “Frenchies”, par l’aura plus que jamais renouvelée des business schools US, par les premiers M&A géants* à Wall Street -prélude à l’attrait croissant des banques pour l’élite-, et aussi, surtout peut-être, par l’avènement de la Silicon Valley. Quel étrange “melting pot” socio-politque que ces USA, avec ses faces si distinctes ! Ce concentré de planète multiforme résulte d’une volonté affichée de liberté tous azimuts. Ce mélange donne pourtant une tambouille peu ragoutante parfois, symbolisée par la “soupe américaine”, hollywoodienne et en boite, dont se moquent si bien Warhol et Muray.

[Note a posteriori du 15 dec. 2013 : Accessoirement, je note qu’un autre étonnant aspect de cette duplicité, voir double personnalité pathologique des étatsuniens, est évoqué ces derniers jours par la journaliste Annette Levy-Willard du quotidien Libération dans l’émission “Si l’Amérique m’était contée”, “Episode n°15 : United sex of America“. Cette émission contient aussi une intéressante interview du réalisateur-scénariste-acteur Joseph Gordon-Levitt,  auteur du film récent  « Don Jon » (2013). Levy-Willard, qui a écrit un livre “Chronique de la guerre du sexe en Amérique” (2006) -elle était en poste aux USA pour Libération- souligne l’incroyable duplicité inconsciente de la société américaine avec quelques exemples : d’un côté par exemple l’industrie du porno aux USA est florissante et de loin le leader mondial de ce domaine, et tout le monde trouve normal, au pays de Mickey pourtant, que cette industrie contribue significativement à la prospérité de toute l’industrie hollywoodienne de l’entertainment; d’un autre côté, Dobeliou Bush avec l’appui des ultra-conservateurs et de communicants hors-pair a axé toute sa deuxième campagne présidentielle -pour faire oublier la guerre d’Irak- sur le puritanisme, en partant d’un fait divers malheureux, qui deviendra un immense sujet d’offuscation nationale, le malheureux sein de Janet Jackson exhibé par accident le sacro-saint jour du Superbowl devant des millions de téléspectateurs étatsuniens le 1er février 2004 (une  très longue page Wikipedia, dans plusieurs langues outre l’anglais, dont le français, est même consacrée à cette soi-disant ‘controverse’ appelée… ‘Nipplegate’ -incroyable- ! On y apprend aussi que cet incident aurait aussi conduit à la création de Youtube… n’en jetez plus !). Levy-Willard donne de nombreux autre exemples de l’ambiguïté, l’ambivalence hypocrite et maladive de la culture américaine, comme cette croyance généralisé, de Bill Clinton à de nombreuses jeunes étudiant(e)s sur les campus, que le sexe oral n’est, après tout, pas du sexe…; ou encore cette attitude ambiguë vis à vis de l’alcool, etc. Bien sûr, j’ai noté ici aussi, comme vous tous, que… à évoquer voire invoquer ainsi les mânes Muray, je glisse moi-même tristement, voire me laisse aller de bon coeur en fait, sur cette pente bien glissante, voire savonneuse, de ce vieil ‘USA bashing’ un peu snob et bien français ! Misère…]

Ce poème “Tombeau pour une touriste” rappelle bien sûr comme style, comme vision acerbe de la supposée modernité d’individus qui les entourent, comme déjà évoqué plus haut à propos de sa “Comédie humaine” mise en musique par Bertrand Louis, certains poèmes et autres écrits jadis de Boris Vian, et peut-être aussi à l’ironie de chanteurs plus contemporains, à l’ironie plus ou moins marquée, tels par exemple, parmi tant d’autres, Brigitte Fontaine ou même Vincent Delerme -tels des La Bruyère, La Fontaine ou Molière modernes !- . Muray suggère que son héroïne blonde est une victime de la mode et de l’air de son temps. Elle croit idiotement en un monde médiatisé, virtuel et mondialisé, connu surtout à travers des écrans marchands et publicitaires et qui prend des allures de pays des bisounours… Accessoirement il est intéressant de voir les diverses discussions entre traducteurs sur wordreference.com pour traduire en anglais ce concept de bisounours; cette expression entendue de manière croissante en France dans les médias et ailleurs-au point que les utilisateurs de cette expression comme moi ne pense qu’au sens figuré -signifiant des gens trop naïfs– et n’ont le plus souvent absolument aucune connaissance ou souvenir des “care bears“, inventés sur des cartes de voeux en 1981, puis devenus ensuite peluches et séries télévisées, aux USA et dans le monde entier.

L’absence de cynisme, c’était bien la croyance encore dans les années 1960 en un avenir radieux pour une planète que la jeunesse finirait bien par sauver, à coup de chansons, de fleurs et de patchouli, et ou vivre ainsi ne coûtait rien. L’arrivée du cynisme a été, dans les années 1980, le contrecoup de ces années 1960, la conclusion des années 1970 après les retours de voyage et la découverte d’un monde désormais, ou insidieusement, avec la cherté du pétrole, et donc de la vie, ou il fallait réellement travailler, dur et sans contester, et même devenir méchant et cynique pour vivre correctement, vivre ce “rêve à l’américaine” plus dur et lointain que nous faisait miroiter pourtant toujours, mais sans pudeur ni soi-disant faux-semblants, le couple Reagan-Thatcher. La France, prétentieuse cherchant toujours à se distinguer, avait fait pire, en élisant en 1981 un gouvernement socialo-communiste qui allait tromper son monde en vendant peu après, dès 1984, son âme au diable -incarné par J.C. Naouri-, aux “marchés financiers” contrôlés par Wall Street (la seule victime apparente et expiatoire avait été P. Beregovoy, suicidé à Nevers).

Coïncidence étrange, en corrigeant ce texte j’entends ce soir à la radio -France Culture, émission Soft Power, 1er dec. 2013, le célébrissime Jacques Attali, qui incarne cette France élitiste et prétentieuse, se faire accuser par des journalistes bien impudents précisement de “bisounours” du fait de sa vision bien altruiste et optimiste du futur dans son dernier livre “Histoire de la modernité“, sorti le 31 oct. 2013. Le comble peut-être, seconde grande surprise, étonnante révélation et confirmation, est la phrase-emblème inscrite en grand en tête de son site web attali.comIl n’y a pas de liberté sans risque, sans ignorance, sans aventure (extrait d’une intervention sur evene.fr, janvier 2007)” ! Ignorance, ose-t-il déclamer !? Ça alors, lui le monstre de culture qui nous méprise tous ! Attali avait été un des principaux artisans de cette politique française des années 1980-1990, sous le règne du roi François Mitterrand. Ces enfants français de Mai 1968, ceux de l’élite tel Attali, ceux qui ont pris le pouvoir, n’ont en ait jamais accepté, reconnu leur cynisme, l’ont refoulé ! Cela s’est transmis aux génération suivantes : l’incarnation en 2013 en est peut-être C. Duflot ! L’ignorance, bien sûr, doit être, rester le lot “vulgum pecus”, l’électeur naîf, telle cette “blonde” symbolique de Muray. Pour les autres la suffisance remplace le cynisme.

Accessoirement le site Web d’Attali, de ce soi-disant chantre de la modernité semble plutôt et très étrangement extrêmement mal tenu: son tout dernier livre, sorti il y a un mois, n’y est même nul part mentionné, ce qui à la réflexion est proprement sidérant. Cela dévoile l’aspect quelque peu “poudre aux yeux” prétentieuse du personnage, qui à l’âge de 70 ans trouve bien sûr plus prioritaires et profitables ses passages quasi quotidiens dans les médias, et ses loisirs bobo-friqués comme chef d’orchestre improvisé à travers le monde. Il laisse la main pour les vulgaires affaires d’argent à son éditeur et Amazon, et se fout bien de renseigner sérieusement les quelques centaines ou milliers de visiteurs de son site ! Attali est un être surdoué, et donc bien étrange, à la limite -suffisance aidant- du terrorisme intellectuel. A bien l’écouter dans les médias, il ressort qu’il a en tête sa propre grille de lecture du monde -bien sûr pertinente, intelligence oblige, mais néanmoins un peu simpliste-, monde passé, actuel et surtout futur…, et tout doit passer par cette moulinette; habilement, il ramène toute question à l’une des cases de sa grille de lecture avec suffisance (il a sélectionné bien sûr pour nous, vulgum pecus, les sujets clefs pour l’humanité, au long du siècle à venir !). Pour paraphraser et imiter Maslow, Attali cet esprit brillantissime mais un peu “marteau” ne voit en fait plus le monde qu’en forme de clous, qu’il suffirait d’enfoncer ! Accessoirement on peut aussi se poser la question de savoir qui écrit les “posts” signés Attali sur le blog associé à ce site (en fait cette mauvaise gestion de ce site n’est peut-être due qu’à des défections voire congés au sein de cette “petite entreprise”du Web) !

Poème “Tombeau pour une touriste innocente” de Ph. Muray – Commentaires techniques

Malheureusement les paroles de ce très long poème que l’on peut retrouver sur des blogs ici ou sont partout amputées de très nombreuses strophes, et sont visiblement en partie des transcriptions de documents audio ou vidéo -cf. fautes innombrables, orthographe ou autres-. Naïvement cela m’a conduit dans un premier temps à un travail quelque peu fastidieux, voire cauchemardesque, et surtout incomplet pour essayer de rétablir l’intégralité de ce poème, en confrontant divers blogs avec des morceaux du texte puis en réécoutant les enregistrements de Muray et de Luchini… Sans parler de ces transcripteurs amateurs -des aficionados passionnés mais quelque peu illettrés- ce qui est passablement étonnant est la désinvolture de tout ceux ont enregistré et surtout diffusé leur soi-disant déclamation de ce poème il -à savoir Luchini mais surtout Muray lui-même, ce qui est le plus étonnant !- en le tronquant sans vergogne ni surtout signalement précis de coupes effectuées -à moins que ce soit pour des raisons de copyright concernant l’édition papier du recueil contenant ce poème ?- (pas trop sûr que Ginsberg ait jamais toléré la même chose concernant son poème Howl ?)

Bref, imbécilement, victime de mon incommensurable esprit d’escalier -un escalier labyrinthique et cauchemardesque à la Escher ou immense de duplicités bien inutiles tel l’incroyable puits de Chand Baori en Inde (cf. ces deux images ci-jointes)-, j’ai perdu un très long et très précieux temps avant de commencer par ce qu aurait dû s’imposer -une recherche Google sur quelques phrases clefs du texte- …

Finalement après tous ces travaux idiots provoqués par des idiots, j’ai ainsi fini par trouver sur une belle page de l’Internet le texte du poème soigneusement offert dans son intégralité a priori (enfin sans coupes annoncées en tous cas, comme sur les blogs).. Et la j’ai eu quelques surprises… pour commencer avec le “innocente” qui apparaît soudain à la fin du titre et qui est souvent oublié sur le Web ! Surtout mon entreprise précédente s’avérait bien vaine voire stupide, car il me manquait une dizaine de strophes, sans compter des vers estropiés et une strophe mal placée -sur un total de 55 strophes, soit 220 vers !-.

A propos du texte ci-joint du poème : j’ai indiqué en gras, les quelques rares strophes lues en musique par Muray dans son CD publié en 2006. Concernant Luchini, pour sa part sa vidéo sur le Web comporte de très nombreuses coupes, voire peut-être quelques oublis de vers; il devenait bien trop compliqué et fort peu utile en fait d’indiquer ces manques. Le texte ci-joint est donc quasi identique a priori à celui a priori complet trouvé sur l’intéressant site florilege.free.fr, où toutes les strophes semblent enfin présentes et dans l’ordre. Il demanderait néanmoins à être comparées avec le texte imprimé dans le recueil de poèmes de Muray “Minimum Respect” (2003), tel qu’imprimé (certaines fautes de français, voire d’orthographes -tel un “ou” à “interviewent”, ou “s” à “elles” dans le second “Pour elles les pays…” ou encore un circonflexe à “tatillon”, ainsi que des vers bancales, voire de nettes différences avec le texte lu par Muray à l’avant dernier vers, etc. laissent planer un doute ?)

Je découvre a posteriori que sur Amazon.fr (ou Amazon.com) ce livre a été scanné par Amazon et que l’on peut en feuilleter au hasard (au bon vouloir d’Amazon) des pages.

* * *